

Les frères Hugues mettent leur maîtrise visuelle au service d’une histoire forte et étrange, dans laquelle Denzel Washington arpente une Amérique dévastée en protégeant un mystérieux livre. Dès les premiers instants, on sait que le travail pictural sera supérieur à ce que l’on a l’habitude de voir dans un post-nuke ; car au-delà de la beauté des décors dévastés, il y a une mise en scène très réfléchie augmentant considérablement l’impact du film. Les frères Hugues composent des cadres en y apportant le plus grand soin,aidés par la photographie somptueuse de Don Burgess, et ils parviennent à créer une dynamique offrant un compromis entre l’aspect contemplatif et l’esprit série B du film. Les références 80’s sont claires, notamment à l’univers incontournable de Mad Max.

Mais Le Livre d’Eli offre aussi des similtudes avec les clips 90’s de Chris Cunningham, même si l’ambiance est nettement moins glauque. Le choix des musiques corrobore cette filiation discrète, avec le score electro-organique d’Atticus Ross très inspiré. A noter aussi le sublime How can you mend a broken Heart d’Al green qu’écoute Eli au début du film.
Si les références sont inévitables dans ce genre de films, elles sont loin d’être envahissantes puisque le film adopte son propre rythme et sa propre mythologie. Le mot n’est pas trop fort puisque le film ose certaines comparaisons qui auraient pu s’avérer relativement périlleuses, mais qui fonctionnent grâce à un script minimaliste et surprenant signé Gary Whitta, auteur du comics Mortis Junior. Je n’en dirai pas plus !

Denzel Washington est excellent dans le rôle d’Eli, offrant une densité au personnage passant par un jeu très calme et intériorisé. Ce mystérieux voyageur mène sa quête en n’hésitant pas à affronter ses ennemis de manière très violente, et l’on assiste alors à des scènes d’action aussi rapides qu’efficaces. Le combat sous le pont est l’exemple parfait des capacités graphiques des frangins Hugues, réussissant à innover en matière de combats en choisissant finalement la simplicité. Le Livre d’Eli est davantage un film d’atmosphère qu’un film d’action, mais les rares combats valent largement le détour.
Gary Oldman est un acteur protéiforme qui parvient ici encore à donner de la consistance à un personnage qui aurait pu n’être qu’un bad guy de seconde zone. Mais sa personnalité et ses choix d’acteur permettent de mettre face à Eli un chef de gang imprévisible et dangereux. Le reste du casting est aussi un vrai plaisir, avec le très bon Ray Stevenson (Titus Pullo forever !), la surprenante Mila Kunis, qui est aux antipodes de son rôle de Jackie dans 70’s Show !, et Jennifer « Flashdance » Beals.
On sent dans ce film la poussière des westerns, la cruauté des post-nukes 80’s, mais surtout, Le Livre d’Eli s’affranchit de ses références pour nous offrir un spectacle visuellement fort grâce à une mise en scène véritablement inspirée. Ce film donne toute la mesure du potentiel des frères Hugues, qui nous livrent une variation post-apocalyptique intelligente et sensitive.
